Retour vers Patrimoine architectural

La Cathédrale Notre-Dame de Senlis

870 ans d’histoire en héritage

Élément symbolique du paysage de Senlis, avec le palais épiscopal et les vestiges du château royal, l’actuelle cathédrale Notre-Dame de Senlis est le fruit d’une longue histoire, faite de constructions et de reconstructions, d’évolutions de styles et de techniques, d’incendies et de guerres s’inscrivant dans un cadre plus vaste, celui de l’évolution des courants artistiques et architecturaux en France et en Europe.

Cathédrale de Senlis et Musée d'Art et d'Archéologie

La cathédrale Notre-Dame a été bâtie, pour l'essentiel, durant le troisième quart du XIIe siècle, alors que la ville royale de Senlis connaissait un véritable « âge d'or ». Profondément remaniée aux XIIIe et XVIe siècles, elle ne jouit, comparativement à bien d'autres, que d'une réputation relativement modeste que sa petite taille et les nom­breuses altérations subies depuis sa construction expliquent sans pour autant la justifier.

À défaut de l'harmonieuse homogénéité de Noyon ou Laon, ses contemporaines, ou du gigantisme de Paris, Chartres, Reims ou Amiens, elle n'en possède pas moins de solides atouts propres à conquérir l'historien de l'art comme le visiteur. Témoin important de l'architecture gothique à ses débuts et de la complexité de ses sources, son grand mérite est de réaliser une synthèse équilibrée et cohérente entre le respect pour les formules éprouvées héritées de l'architecture romane et les tendances les plus novatrices de l'art de bâtir de son temps.

Si l'on ajoute que son portail occidental est l'un des chefs d'œuvre de la sculpture gothique du XIIe siècle, que la flèche bâtie au milieu du XIIIe siècle sur la tour méridionale n'a pas son pareil, en terme de hardiesse et d'élégance, dans la production contempo­raine et, enfin, que le transept reconstruit par Martin Chambiges au XVIe siècle compte parmi les œuvres exemplaires de ce temps, on conviendra que la cathédrale Notre­-Dame est bien l'édifice majeur que commandait l'importance de Senlis au Moyen Age.

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Sommaire :

La cathédrale au fil du temps

• On situe la construction d’une première cathédrale, à la fin du IVe ou au début du Ve siècle à l’intérieur du périmètre de l’enceinte. La cathédrale étant le siège de l’autorité d’un évêque, la présence d’un premier évêque induit sa mise en chantier. Le mot « cathédrale » vient en effet du latin cathedra et du grec kathedra, dérivé de hedra qui signifie « chaise ». L’ensemble formait le groupe épiscopal : des édifices (le cloître, le baptistère, le palais épiscopal) regroupés autour de la cathédrale. Les bâtiments communs des chanoines devaient se trouver au nord de l’emplacement actuel de la cathédrale les fouilles archéologiques ayant révélé la présence de cuisines avant les XIIe et XIIIe siècles.

• Notre-Dame est mentionnée pour la première fois au Xe siècle. Entre la fin du Xe siècle et la seconde moitié du XIe siècle, des travaux sont entrepris à l’initiative de l’évêque. Au cours de la première moitié du XIIe siècle, l’architecture religieuse connaît un tournant déterminant avec le développement du style gothique : la structure de l’édifice est portée par une véritable ossature constituée par les croisées d’ogives et leurs nervures qui se croisent pour retomber sur les colonnes, ainsi que par les arcs boutants qui redistribuent les charges et les poussées vers le sol. Comme l’a tristement rappelé l’incendie de Notre-Dame de Paris, au printemps 2019, cet ensemble constitue la colonne vertébrale de la cathédrale, et tant qu’il tient bon, l’édifice tient. De fait, il est vital de lui apporter un entretien attentif.

• À partir de 1150, la nef est reconstruite, ainsi que le chevet, avec son cortège de chapelles rayonnantes. Sur le massif occidental, entre 1165 et 1170, on réalise le superbe portail du couronnement de la vierge. C’est la première fois que ce thème est représenté sur un portail de cathédrale. Par chance, sa polychromie a traversé les siècles et il s’agit aujourd’hui du seul portail de cathédrale en France à avoir conservé à ce point son décor d’origine.

• La cathédrale est consacrée le 16 juin 1191.

• Entre 1230 et 1240, le transept et ses collatéraux sont ajoutés. La véritable innovation de la cathédrale de Senlis, sa signature, va venir de sa flèche. D’une conception très pure, elle culmine à 78 mètres de hauteur et fait partie des plus élevées du pays.

• Entre 1390 et 1410, on reconstruit la salle capitulaire. Aujourd’hui utilisée comme sacristie, elle est la seule de son époque dans le nord de la France.

• En juin 1504, la cathédrale est frappée par la foudre. Elle est ravagée durant deux jours par un violent incendie parti des combles. Toute la charpente est détruite, il faut reconstruire la nef au 2/3 et reprendre presque entièrement les transepts. Seule une travée de la nef subsiste de nos jours dans son état d’origine, au-dessus du grand orgue. Le chapitre missionne Martin Chambiges et son fils Pierre en 1530. Ils élèvent la nef de 5,50 mètres supplémentaires, reprennent entièrement les transepts qu’ils dotent d’un décor exubérant. Les murs sont percés de deux grandes roses flamboyantes, les baies sont reprises, ainsi que les toitures et les balustrades tandis qu’on dote les voûtes de clés pendantes. Ces travaux se terminent vers 1560.

• En 1671, on élève une nouvelle chapelle et l’on détruit la tour gallo-romaine rattachée à la cathédrale.

• Au XVIIIe siècle, on installe dans le chœur le maître autel de l’abbaye de Chaalis, puis le buffet du grand orgue de l’abbaye Saint-Vincent.

• En 1777, les murs sont badigeonnés à la chaux, ce qui préservera des peintures murales redécouvertes en 1987.

• En 1791, l’évêché de Senlis est supprimé. La cathédrale prend le statut de paroissiale.

• En 1793, le portail du couronnement de la Vierge subit les vandalismes de la Révolution, l’église est dépavée, les grilles et boiseries enlevées, les stalles, les chaires, la tribune d’orgue sont vendus.

• En 1794, la cathédrale sert de lieu de réunion pour le club révolutionnaire local, puis d’entrepôt.

• En 1800 l’église est rendue au culte, et à partir de 1801, Senlis dépend de l’évêché de Beauvais. Cette même année, le Concordat transfère la propriété de la cathédrale à la Ville de Senlis.

• En 1840, la première liste de classement des Monuments historiques intègre la cathédrale de Senlis.

Un entretien constant, et coûteux
Cathédrale Notre-Dame - Entretien © Ville de Senlis

Lorsqu’une cathédrale fait partie des propriétés de la commune, son entretien représente un coût très important pour la collectivité, qui a besoin de travailler main dans la main avec les services de l’État pour assurer la pérennité des monuments. Chaque intervention doit correspondre à un cahier des charges et à un protocole précis, validé par l’État. Ce processus, qui semble parfois s’étendre en longueur est un moyen de s’assurer que les restaurations seront conduites dans les règles de l’art, sans menacer le futur du bâtiment ou des objets mobiliers. Certaines œuvres paient encore le prix de traitements appliqués au cours du XXe siècle. Sans l’aide de la DRAC, des partenaires institutionnels (Conseils régional et départemental) et associatifs, des opérations comme celles de la protection du portail ouest ou du relevage des orgues seraient impossibles à mettre en œuvre pour la collectivité. Malgré tout, les montants de ces aides sont rarement connus longtemps à l’avance, car ils dépendent des crédits votés par les assemblées délibérantes, et cela complique ou retarde parfois l’élaboration des plans de financement.

En 2020, le démarrage du chantier de la cathédrale fêtera ses 870 ans. Il suffit de noter que la cathédrale est édifiée en calcaire, une roche très vulnérable à l’eau et aux salissures qui lui font perdre son éclat, pour comprendre la fréquence des ravalements nécessaires sous nos climats du nord de la Loire.

Le portail occidental, une polychromie du XIIe siècle, toute en majesté

Détail du portail ouest - Cathédrale Notre-Dame de Senlis - © Ville de Senlis

Le portail sculpté de la façade occidentale de la cathédrale de Notre-Dame de Senlis, construit entre 1165 et 1170, représente le couronnement de la Vierge, un des grands thèmes de l’iconographie chrétienne. La Vierge est représentée, ici, assise en majesté aux côtés du Christ et reçoit sa bénédiction. À noter que les deux personnages sont de taille identique et placés au même niveau.
À l’origine, le portail est intégralement coloré pour renforcer l’expressivité des sculptures. Des traces de polychromie, découvertes tardivement, sont encore visibles sur plusieurs de ses sculptures taillées en haut-relief.
Depuis près de neuf siècles le portail est soumis aux aléas climatiques. Après des travaux de nettoyage des salissures accumulées au fil des années, un dispositif de protection est mis en place en 2007. Il est posé de façon provisoire en attendant de trouver une solution de préservation adaptée qui permette de conserver la fonction de cette entrée majestueuse.
Dès lors, la ville de Senlis et tous les partenaires de l’État se sont attachés à transmettre aux générations futures cet ensemble patrimonial précieux.
En 2018, la ville de Senlis a ouvert une phase déterminante en se dotant d’une assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) portée par l’atelier Anaglyphe. Cette nouvelle étape de la restauration du portail se fait également en lien avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles et en sollicitant l’expertise du Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques. Cette étroite collaboration entre la ville et les partenaires institutionnels permet de soulever et de résoudre toutes les problématiques liées à la conservation du portail.
Cette nouvelle étape se traduit par le lancement d’une étude climatique dont l’objet est de rassembler des données scientifiques (température, hygrométrie, qualité de l’air, luminosité, etc) pour connaître l’impact du climat sur cette partie de l’édifice. La collecte des mesures, à l’aide de capteurs positionnés sur les voussures du portail ou ses abords immédiats, démarrera en août 2020. Ce dispositif sera complété par la pose d’une station météo à proximité du portail pour mesurer directement les facteurs externes. L’instrumentation du portail débutera avec la structure de protection provisoire encore en place. Cette période durera un mois et permettra d’avoir un « état 0 » avec des données collectées pendant que le portail subit l’influence du porche provisoire. Une période de 14 mois de mesure permettra d’achever l’étude climatique dans de bonnes conditions. Le démontage du porche provisoire en structure d’échafaudage bâché sera donc déclenché directement après le premier mois de mesure, en septembre 2020. Le démontage de la structure s’accompagnera immédiatement de travaux de nettoyage et de traitement de certaines maçonneries autour du portail et de la pose d’un dispositif anti-pigeon efficient qui ne doit pas gêner l’écoulement des eaux. Les résultats contribueront à connaître précisément la façon dont réagit l’ensemble du massif sculptural dans son environnement. La solution de protection pérenne la mieux adaptée s’en dégagera d’autant plus facilement qu’elle s’appuiera sur les données recueillies de façon objective et fiable. La connaissance des polychromies médiévales et modernes a considérablement progressé ces dernières années, de même que les moyens de les protéger. Le but est donc de définir une protection sur mesure et préserver ainsi un patrimoine exceptionnel.

Les grandes orgues : « c'est dans les tuyaux »

Cathédrale Notre-Dame - © Ville de Senlis (32)

Les grandes orgues n’ont pas connu d’intervention de maintenance majeure depuis les années 1970. Le bureau d’étude qui a réalisé le diagnostic préalable au projet d’intervention a émis un constat sans appel, décrivant un orgue en train de s’effondrer sous son poids. Des interventions effectuées auparavant sur sa structure, sans l’avis de l’État, ont en effet conduit à fragiliser son buffet, pourtant classé, suite au sciage de certaines poutres et d’éléments porteurs à l’intérieur ! En 2016 et 2017 un protocole d’étude et de restauration a été défini avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles, afin de s’assurer que l’opération de relevage en cours se déroule bien. Ce sera la première fois depuis le classement du buffet d’orgue sur la première liste des Monuments Historiques en 1840 que les services de l’État seront associés à la restauration.
L’histoire du grand orgue de la cathédrale de Senlis est assez complexe, les buffets, remontant au XVIIe siècle, proviennent de l’abbaye Saint-Vincent, transférés à la Révolution. Ils sont classés au titre des Monuments Historiques. L’orgue a été entièrement reconstruit en 1875, par le facteur Merklin, avec trois claviers et 40 jeux. Un siècle plus tard, l’instrument est profondément remanié par le facteur manceau Roger Lambert. Le nombre de jeux est augmenté (52 jeux réels, 62 avec les emprunts et extensions), les transmissions sont électrifiées, des jeux « en chamade », placés horizontalement sous la grande façade, sont ajoutés. Depuis des années, l’association des Amis des orgues de Senlis œuvre pour la restauration de l’instrument, en collectant un apport financier extrêmement précieux pour son relevage.
Après une étude préalable dans laquelle plusieurs scenarii ont été envisagés, il a été retenu un programme subventionné par la DRAC, consistant avant tout à remettre l’orgue en état, à le nettoyer, à renouveler les transmissions électriques devenues obsolètes et dangereuses, à réparer les sommiers, la tuyauterie, à consolider les charpentes et le buffet, qui s’affaissent dangereusement. Après mise en concurrence, les travaux ont été confiés à un groupement d’entreprises. Le coût de l’opération est de l’ordre de 935 000 € H.T., financé par la Ville de Senlis, l’Association des Amis des Orgues, le Conseil régional des Hauts-de-France, le Conseil départemental de l'Oise, le fonds de dotation « Patrimoine de Senlis » et l’État, ministère de la Culture, au titre des buffets classés. Le chantier devrait durer environ deux ans. En parallèle de ces travaux, il faudra intervenir sur l’environnement immédiat de l’orgue, afin d’améliorer ses conditions de conservation, avec une opération d’entretien sur les vitraux ; après quoi il sera nécessaire d’effectuer de l’entretien sur les pierre s de taille qui composent la tribune d’orgue.

La cathédrale fait l'objet de plusieurs campagnes de restauration
Cathédrale Notre-Dame - dévégétalisation © Ville de Senlis

Du soleil, de l’eau, un abri et des minéraux, les plantes ont tout ce qu’il leur faut pour se développer sur la cathédrale. Ainsi, la cathédrale doit régulièrement être dé-végétalisée. Si le progrès permet beaucoup, il n’a pas encore empêché les graines de s’épanouir. La roche est d’abord colonisée par un ensemble de mousses et de petits végétaux, des espèces dites « pionnières », qui servent de support après 1 à 2 ans de croissance, au développement de plantes plus importantes. Grimper sur la cathédrale pour en ôter la végétation requiert un certain savoir-faire qui demande de la préparation, du temps, et des moyens. En 2018, une campagne de restauration-dévégétalisation avait concerné la façade nord (côté place Notre-Dame). Cette année, la ville allouera environ 50 000 € HT au retrait de la végétation sur la façade sud de la cathédrale par une entreprise spécialisée. Cette année, plusieurs interventions permettent : d’inspecter la cathédrale, de purger et de nettoyer les terrasses, les parements, la façade sud et ses chapelles, les arcs boutants, les murs gouttereaux de la nef, du chœur et le portail sud, à l’aide d’une nacelle installée au bout d’un bras articulé.

La toiture : une belle ardoise évite les tuiles !

Cathédrale Notre-Dame - détail toiture © Ville de Senlis
L’actualité du mois d’avril a tristement rappelé à quel point les parties hautes d’une cathédrale sont vulnérables. Cette année, la ville dépensera près de 98 000 € HT pour l’entretien des toitures et des filets de protection qui empêchent les chutes de matériaux. Des travaux de couverture seront effectués sur la chapelle de la Vierge, l’abside fera l’objet d’une recherche de fuites, tandis que les ardoises de ses toitures seront remaniées et des gouttières remplacées.

Restauration des clés pendantes : la ville monte au filet
Restauration des clés pendantes Cathédrale ND © Ville de Senlis

Les clés pendantes installées à l’intérieur de la cathédrale sont l’une des marques de la virtuosité exprimée par la famille Chambiges, lors des travaux du XVIe siècle. À l’orée de la Renaissance, l’utilisation des clefs de voûtes pendantes se popularise dans l’architecture. La partie pendante est souvent un élément distinct de la clef de voûte à laquelle elle est suspendue par un système de goujons. Elle peut s’accompagner d’ornements, également pendants, à la jonction des nervures d’une voûte, comme c’est le cas dans la cathédrale de Senlis. Ces éléments de sculpture, imposants, peuvent peser plusieurs tonnes à la croisée des ogives, et les éléments internes qui les maintiennent ne sont pas éternels. La pose de filets s’est avérée nécessaire afin de prévenir les effets d’une éventuelle chute de l’un de ces ornements. L’intervention à venir s’annonce complexe. Il faudra élever des échafaudages solides pour travailler en haut des voûtes, au plus près des clés. Au programme : des opérations de dessalement des pierres, un nettoyage pour leur rendre leur éclat, un rejointoyage afin de pérenniser leur tenue, un renforcement des goujons internes. Les clés retrouveront la splendeur qu’elles avaient il y a bientôt 500 ans, au prix d’un effort de plus de 32 000 € HT (phase 1 sur 4). Les travaux s'étaleront entre la rentrée et la fin d'année.
Bientôt 870 ans après le début de sa construction, la cathédrale reste un chantier permanent, et son histoire est loin d’être terminée.

La cathédrale en images

Parc du Château Royal

Vue panoramique du cœur de ville où l'on découvre au premier plan le rempart gallo-romain prolongé par le Château royal, la chapelle et le donjon, puis sur la droite le prieuré Saint-Maurice et en arrière-plan, la Cathédrale. © image France 3.

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